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Les Lundis de L'IRIST

Les séances mensuelles ont lieu les  lundis

de 18 à 20 h,  Salle 116,  7 rue de l’Université à Strasbourg

Ce séminaire est ouvert à toute personne intéressée, dans la limite des places disponibles.


Les Lundis de l’IRIST Programme 2016-17

 

- Lundi 12 Décembre 2016
Catherine Bourgain
Généticienne CR INSERM,CERMES3,EHESS, VP de l'Association pour une Fondation Sciences Citoyenne)

Promesses et pratiques de la biologie de synthèse.
Point de vue critique d’une chercheuse engagée.


 

 

- Lundi 9 Janvier 2017
Sylvie Fainzang
(Anthropologue, DR1, INSERM, CERMES3)

"Automédication et gestion des risques médicamenteux"

L’automédication est aujourd’hui largement encouragée par les pouvoirs publics. Mais cette pratique fait l’objet de nombreuses controverses, autour de thèmes comme la compétence des usagers, leur savoir, le risque, la responsabilité. A quelles conditions les individus décident-ils, aujourd’hui, de s’automédiquer ? Quels sont les ressorts de leurs choix et de leurs décisions en matière de consommation médicamenteuse ? Et quelles stratégies élaborent-ils pour maîtriser les risques relatifs à la prise de médicaments ou pour accroître leur efficacité ?

 

- Lundi  13 Mars :

Ragip Ege (Professeur) &  Herrade Igersheim (Chargé de recherche)

Faculté des Sciences Economiques et de Gestion
BETA (Bureau d'Économie Théorique et Appliquée  - CNRS)

« Réflexions autour de la question du plagiat » 

 

 

- Lundi 3 Avril :

Catherine Allamel-Raffin (IRIST)

« Objectivité et illustrations scientifiques » 

 

 

- Lundi 24 Avril :

 
Nicolas Delforges (IRIST)

 « Faire office : l'activité organisationnelle des examinateurs de brevets à l'Office Européen des Brevets »

 

 

- Lundi 12 juin 2017
Delphine Berdah
Etudes sur les Sciences et les Techniques Groupe d'Histoire et de Diffusion des Sciences d'Orsay

« Antibio-résistances et conflits d'experts »

 






Programmation passée


01 Fevrier 2016 : Gaëlle Ledref

D’une controverse à l’autre. Etude du transfert de controverses évolutionnistes traditionnelles dans le cadre des controverses sociotechniques actuelles sur les biotechnologies.

                                                                                                                        par Gaëlle Ledref (IRIST)

Actuellement, il est fait référence à la théorie de l’évolution dans le cadre des controverses sociotechniques sur le développement des biotechnologies tout aussi bien par ses défenseurs que par ses opposants. Un tel usage de la théorie de l’évolution est-il pertinent et légitime ? Afin de répondre à cette question, nous nous sommes intéressés aux types d’arguments évolutionnistes utilisés dans le cadre des controverses sur le DPI et les OGM agricoles.

Au final, nous avons pu mettre en évidence que les arguments évolutionnistes utilisés dans ces controverses sociotechniques reprennent et perpétuent des controverses évolutionnistes aussi anciennes que la formulation de la théorie de la sélection naturelle par Darwin. Ainsi, nous montrerons comment la controverse sur les OGM poursuit la controverse scientifique non résolue qui opposent les saltationnistes aux gradualistes tandis que la controverse sur le DPI reprend quant à elles les arguments employés depuis déjà un siècle par les eugénistes et les anti-eugénistes. Nous nous demanderons ensuite ce que cet usage de la théorie de l’évolution implique à la fois pour la théorie de l’évolution elle-même et pour le traitement des controverses sociotechniques sur les biotechnologies.


11 Janvier 2016 : Odile PETIT

La réhabilitation des animaux de laboratoire

Odile PETIT

Département d’Écologie, Physiologie et Éthologie

IPHC, UMR 7178, CNRS-Université de Strasbourg

odile.petit@iphc.cnrs.fr

 

 

La réhabilitation propose de procurer une retraite à des animaux sains en fin de protocole expérimental en alternative à l’euthanasie. La réhabilitation est peu répandue bien qu’elle soit autorisée par la loi. Elle a été intégrée en tant que 4ème R* à la directive européenne sur l’expérimentation animale à l’occasion de la révision de cette dernière en 2010. En France, le processus de réhabilitation est assuré depuis plusieurs années par le Groupement de Réflexion et d’Action pour l’Animal (GRAAL). La SFECA (Société Française pour l’Étude du Comportement Animal) a souhaité soutenir cette démarche éthique et respectueuse des animaux.

En effet, les chercheurs ne sont pas opposés à la réhabilitation post-expérimentale, ils sont souvent persuadés qu’elle n’est pas autorisée, voire impossible à mettre en œuvre. Ainsi, c’est par ignorance  que de nombreux scientifiques ne s’impliquent pas dans cette démarche. Dans ce contexte, les éthologistes, de par leur culture et leurs objets d’étude, peuvent  constituer un relais efficace entre le GRAAL et le reste de la communauté scientifique et contribuer ainsi à la généralisation du processus de réhabilitation.

De plus, il nous apparaît indispensable de réaliser un suivi rigoureux des réhabilitations pour démontrer leur faisabilité et garantir que ces « retraites » s’effectuent dans de bonnes conditions. Bien évidemment, il est inconcevable de « sortir » des animaux de laboratoires si c’est pour leur proposer une alternative de mauvaise qualité.

Enfin, à l’heure où des personnalités médiatiques défendent la cause animale (Plaidoyer pour les animaux de M. Ricard ou L’animal est une personne de F-O. Giesbert) et où l'Assemblée nationale a reconnu aux animaux la qualité « d'êtres vivants doués de sensibilité » (avril 2015), il est indispensable que les scientifiques prennent leurs responsabilités et s’impliquent et dans le bien-être des animaux de laboratoire et dans leur devenir post-expérimental. Une telle démarche constitue un vecteur de réconciliation entre expérimentation animale et société civile. Il ne s’agit pas pour les chercheurs de s’acheter une bonne conscience avec la réhabilitation mais d’être en accord avec l’évolution des consciences. Il est des sujets qui ne peuvent évoluer que sous la pression de la société civile, le respect de l’animal et ses droits fondamentaux en font partie.

 

* Les 3 R signifient remplacement, réduction et raffinement.

Les alternatives de remplacement désignent les méthodes permettant d'éviter ou de remplacer l'utilisation d'animaux. Cela inclut à la fois le remplacement complet (c'est-à-dire remplacer les animaux par des modèles informatiques) et le remplacement relatif (c'est-à-dire remplacer les vertébrés par des animaux ayant un moindre potentiel de perception de la douleur, comme certains invertébrés).

Les alternatives de réduction se réfèrent à toute stratégie débouchant sur l'utilisation moindre d'animaux pour obtenir des données suffisantes permettant de répondre à la question de recherche, ou sur la maximisation des informations obtenues par animal testé, ce qui permet donc potentiellement de limiter ou d'éviter l'utilisation subséquente d'animaux supplémentaires, sans compromettre le bien-être animal.

Les alternatives de raffinement désignent les modifications apportées à l'élevage ou aux procédures expérimentales en vue de minimiser la douleur et la détresse, et d'améliorer le bien-être des animaux utilisés à des fins scientifiques, de la naissance à la mort.


07 Décembre 2015 : Cyrille Imbert

La Dimension collective du travail scientifique

Cyrille Imbert

Chargé de recherche CNRS, Archives Poincaré, Université Nancy 2 

 

Les épistémologues ont tendance à expliquer le progrès scientifique en expliquant comment les succès scientifiques sont guidés par des facteurs épistémiques reposant sur la prise en compte des données empiriques par les agents individuels. Dans cette perspective, les analyses des historiens et des sociologues des sciences, qui soulignent l’influence des facteurs historiques et sociaux sur les choix scientifiques, s’apparentent à une remise en cause de la spécificité et de la valeur de la science. L’objet de cette présentation sera de décliner différentes dimensions collectives du travail scientifique et de montrer qu’elles ne sont pas incompatibles avec la spécificité et la valeur de l’activité scientifique, si on accepte de penser la notion de progrès et de rationalité au niveau social. Je m’appuierai sur des travaux récents en philosophie formelle et en épistémologie sociale qui modélisent cette dimension collective afin de mieux la comprendre et de montrer sa compatibilité avec le progrès scientifique.

 


09 Novembre 2015 : Armelle Line Peltier

L'expérience du Livre Rouge de Carl Gustav Jung : une expérimentation scientifique ?

En 1913, le psychiatre suisse Carl Gustav Jung entra dans une période de dépression qui l’amena à vivre intensément sa propre psyché. Il subit alors des visions et rêves qu'il décida ensuite de reproduire volontairement jusqu'à en extraire un contenu qu'il nota dans un codex moyenâgeux : Le Livre Rouge. Cette expérience, à la marge de la science de son temps, s'y inséra pourtant en ce que les connaissances issues de ce vécu servirent notamment Jung afin de fonder sa toute jeune psychologie : la psychologie analytique. Nous nous interrogerons donc sur comment l'expérience eut lieu, quelles furent les méthodes utilisées, et en quoi cette expérience peut être qualifiée d'expérimentation scientifique.

Armelle Line Peltier (IRIST)


le 12 Octobre 2015 : Maria Giulia Dondero

L’image scientifique entre expérimentation et vulgarisation : le cadrage en biologie moléculaire
 

Mon intervention sera consacrée à l’analyse sémiotique d’images scientifiques et de vulgarisation dans le domaine de la biologie moléculaire. Nous envisageons notamment d’étudier les différents types de cadrage utilisés afin de mettre en valeur les opérations de manipulation effectuées par les scientifiques. Ces opérations de manipulation seront abordées sous l’angle de la rhétorique « méréologique » (relations entre le tout et les parties).

 

Maria Giulia Dondero (Fonds National de la Recherche Scientifique/Université de Liège)


Le 7 juin 2015 : Nathalie Delprat


Motivations et intérêts des scientifiques pour l'expérience art-science  par Nathalie Delprat

Qu'ils soient historiques, philosophiques ou esthétiques, il existe de multiples points de vue pour aborder les croisements conceptuels et techniques entre science et art. Les frontières entre ces deux modes de connaissance n'ont cessé de se déplacer, de se combiner ou de s'éloigner selon les courants artistiques, les évolutions technologiques, ou l'apparition de nouveaux champs de recherche. En tant que scientifique, il y a différentes façons d'expérimenter les liens art-science que ce soit grâce à des collaborations autour de projets avec des artistes, à l'occasion du partage d'interrogations dans des rencontres entre sciences humaines et sciences de la nature ou à partir d'une démarche plus individuelle et singulière. Pour illustrer ces différents types d'interaction, je m'appuierai sur des exemples rencontrés dans le cadre de la thématique art-science du LIMSI ainsi que sur certaines de mes expériences de recherche et d'enseignement où l'approche art-science a pu servir de catalyseur ou d'interface à une démarche scientifique interdisciplinaire

 

Nathalie Delprat est enseignant-chercheur à l'Université Pierre et Marie Curie (UPMC, Paris) et effectue sa recherche au Laboratoire d'Informatique pour la Mécanique et les Sciences de l'Ingénieur (LIMSI-CNRS, Orsay). Elle co-anime la thématique transverse VIDA (Virtualité, Interaction, Design et Art) de ce laboratoire et est responsable des Ateliers d'Histoire et de Philosophie des Sciences pour les doctorants scientifiques de Jussieu. Ses recherches récentes en art-science explorent les liens entre matérialité virtuelle, conscience corporelle et imaginaire.

vida.limsi.frhttp://perso.limsi.fr/delprat


Le 10 mai 2015 : Sylvie Catellin

Sérendipité et création   par Sylvie Catellin

Le mot « sérendipité » vient de l’anglais serendipity (Horace Walpole, 1754). Il est issu d’un conte persan qui véhicule un savoir ancestral : l’art de découvrir en interprétant des traces qui fonctionnent comme des indices. Voltaire en a tiré lui-même une adaptation magistrale dans Zadig (1748).

L’enquête sur le long développement historique de la signification du mot et sa diffusion dans les milieux scientifiques à partir du 20e siècle permet de comprendre la pertinence du concept et les enjeux de son succès aujourd’hui, aussi bien dans les sciences de la nature, de l’homme et de la société que dans les champs de la création et de l’innovation.

Je montrerai que la réduction opérée par l’expression « découverte par hasard », devenue le sens courant du mot, empêche de saisir ce que « sérendipité » désigne véritablement, et qui est au cœur de toute découverte : l’art de prêter attention à ce qui surprend et d’en imaginer une interprétation pertinente.

 

Bio-biblio

Sylvie Catellin est maître de conférences HDR en sciences de l’information et de la communication à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, où elle dirige le Master « Ingénierie de la culture et de la communication ». Elle est responsable de l’axe de recherche « Création, médiation, diffusion des savoirs » du Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines. Elle a dirigé L’imaginaire dans la découverte pour la revue Alliage. Culture, Science, Technique (2012), et a publié une enquête historique et épistémologique intitulée Sérendipité. Du conte au concept (Seuil, 2014).


Le 12 avril 2015 : Frédéric Naudon

Catalyse et autres actions profanes

Il semble que les savoirs profanes, en particulier les savoirs d'usage des groupes concernés, acquièrent peu à peu une légitimité pour développer des connaissances et des analyses spécifiques, et pour participer à des processus de décision.

Qu'en est-il du profane non concerné ? Le « profane non partie prenante » n'a pas, par définition, de savoirs expérientiels sur la problématique. Peut-il tout de même avoir une action (bénéfique) sur un processus de décision ? Peut-il participer utilement à des réunions dont l'objectif est d'explorer un problème complexe ?

À partir des effets que la vulgarisation scientifique peut avoir sur les chercheurs qui la pratiquent, nous montrerons qu'une réunion interdisciplinaire intégrant des profanes est susceptible d'avoir un fort potentiel créatif. Puis, nous soumettrons à la critique un dispositif visant à démontrer expérimentalement les deux modalités de la catalyse profane ainsi que d'éventuelles autres actions de profanes non parties prenantes.

 

 

Frédéric Naudon est journaliste scientifique et chargé d'enseignements dans diverses universités (Théories de l'information et techniques de communication, Gestion de projets et Initiation à la vulgarisation).


le 8 Mars 2015 Pascal RAGOUET

Controverse scientifique et différenciation de la science

Pascal RAGOUET

Professeur à l’Université de Bordeaux

Centre Emile Durkheim (UMR 5116 – Université de Bordeaux / CNRS / Sciences Po)

 

Il s’agira de montrer, dans un premier temps, comment la sociologie des controverses scientifiques a été instrumentalisée par les promoteurs d’une approche « dédifférencialiste » des sciences. Nous décrirons plus particulièrement comment les tenants du Programme Fort et les constructivistes radicaux ont mis en avant une conception de la science comme espace agonistique non spécifique et comment ils ont réduit les controverses à de simples polémiques, i.e. à des débats non contraints par les faits.

Dans un second temps, nous montrerons, en nous appuyant plus spécialement sur l’étude d’une controverse en biologie – l’affaire de la « mémoire de l’eau » – comment l’analyse de ce type de conflit permet de saisir certains des mécanismes qui favorisent ou, à l’inverse, jouent contre l’autonomisation relative de la science. Ainsi, l’étude de la dynamique d’une controverse telle que celle-ci montre qu’elles résultent d’un jeu de tensions entre des logiques de transgression des frontières - liées à la nécessité qu’ont les savants de s’affronter les uns aux autres dans un espace agonistique - et des logiques de travail aux frontières résultant de la force de ce que Bourdieu appelle l’illusio propre au champ scientifique. Ce type d’étude montre par ailleurs que l’opposition entre science normale et science controversée présente chez Kuhn peut être relativisée ou, en tout cas, discutée.


9 Février 2015 : Yves Gingras

Le mythe du "dialogue" entre science et religion

Yves Gingras, Professeur

Département d'histoire
Centre interuniversitaire de recherche
sur la science et la technologie (CIRST)
Chaire de recherche du Canada en histoire
et sociologie des sciences
Observatoire des sciences et des technologies (OST)
UQAM

 


12 Janvier 2015 : Cyrille Imbert

Dimension collective du travail scientifique

 Cyrille Imbert

Chargé de recherche CNRS
Laboratoire d'Histoire des Sciences et de Philosophie – Archives Henri-Poincaré- Nancy

Les épistémologues ont tendance à expliquer le progrès scientifique en expliquant comment les succès scientifiques sont guidés par des facteurs épistémiques reposant sur la prise en compte des données empiriques par les agents individuels. Dans cette perspective, les analyses des historiens et des sociologues des sciences, qui soulignent l’influence des facteurs historiques et sociaux sur les choix scientifiques, s’apparentent à une remise en cause de la spécificité et de la valeur de la science. L’objet de cette présentation sera de décliner différentes dimensions collectives du travail scientifique et de montrer qu’elles ne sont pas incompatibles avec la spécificité et la valeur de l’activité scientifique, si on accepte de penser la notion de progrès et de rationalité au niveau social. Je m’appuierai sur des travaux récents en philosophie formelle et en épistémologie sociale qui modélisent cette dimension collective afin de mieux la comprendre et de montrer sa compatibilité avec le progrès scientifique.

 


8 Décembre 2014 : Alexandre Moatti

Alterscience : instrumentalisation de la science dans les radicalités contemporaines

 

Alexandre Moatti

Chercheur associé, SPHERE, Laboratoire de Philosophie et Histoire des Sciences, Paris VII


 Remise en cause de la théorie d’Einstein, de celle de Darwin, créationnisme et fondamentalismes, mouvements technofascistes, idéologies radicales anti-science… Pourquoi des personnes et des mouvements organisés en viennent-ils à adopter une attitude en opposition virulente à la science de leur époque ? Comment mobilisent-ils leur capacité de raisonnement au service de dogmes et d’idéologies instrumentalisant la science ? Et quel est l’impact de ces attitudes sur les rapports entre science et société, diffusées et multipliées par le canal de l’Internet?


10 Novembre 2014 : Sabine Rabourdin

”Les physiques védiques en Inde contemporaine : concilier deux cultures ?”

Sabine Rabourdin

Sciences et Société ; Historicité, Éducation et Pratiques (EA S2HEP) – École Normale Supérieure

[ENS] - Lyon, Université Claude Bernard - Lyon I : EA4148

 

Au XXème siècle, en Inde, avant et après l’indépendance, certains indiens tentent de concilier l’ancien concept de science relié à une vision du monde traditionnelle, et une nouvelle culture de la science étrangère et dominante. Cette conciliation prend différentes formes. D’un côté, se diffusent un certain nombre d’ouvrages qui réinterprètent les anciens textes védiques et classiques à l’aune des connaissances scientifiques contemporaines : les connaissances contemporaines sont réintégrées dans un univers de pensée hindou. D’un autre côté, de plus en plus d’Indiens s’instruisent auprès de la science occidentale et en deviennent des scientifiques de pointe. Ils y trouvent un universalisme et un scepticisme rationnel, mais en même temps y distinguent le paradigme scientifique occidental. A.Nandy écrit à la fin du XXème siècle : “ On peut étudier la vie des scientifiques indiens de ces cent dernières années comme un enregistrement d’un effort inconscient et continuel d’aller construire une nouvelle science ” (Nandy, 1995). Dans le cadre de cet atelier, nous présenterons ces différentes formes de construction pour tenter de répondre à la question : s’agit-il d’une nouvelle science ?

 L’exposé se décomposera en quatre parties :

-   Brève présentation des formes traditionnelles de savoir en Inde

-  Deux exemples de « vedic physics » : réinterprétation de textes anciens au regard de la physique  contemporaine (réalisés par des physiciens à la retraite ou des sanskrististes)

-   Classification des enjeux et acteurs des vedic physics

-   Physiciens chercheurs et universitaires actuels face à ces tentatives de reconstruction : rejet ou soutien ?


13 Octobre 2014 : Jacques Fontanille

L’exploration du visible et de l’invisible : Les conditions sémiotiques de l'interprétation des différents types d'imagerie scientifique et médicale.

Jacques Fontanille
Université de Limoges
Institut Universitaire de France

La sémiotique a pour objectif de définir et analyser les conditions dans lesquels des significations peuvent être reconnues, attribuées ou reconstruites, notamment dans les produits des cultures humaines. Face aux images scientifiques et médicales, la sémiotique découvre de nouvelles conditions et de nouvelles propriétés, qui étaient également requises et opérantes pour les autres images, mais de manière transparente, optionnelle, et à l’insu de l’interprète lui-même.

Ces conditions et propriétés sont notamment : les procédures d’iconisation et de référentialisation, les relations de dépendance entre elles, le rapport à l’expérience, et l’ensemble de la chaîne de transformation qui conduit de l’expérience originaire à la visualisation proprement dite. On s’aperçoit alors que l’image scientifique oblige à prendre en considération des phénomènes qui restent presque toujours implicites dans l’interprétation des autres types d’image, et entre autres :

  • l’indépendance de principe entre la « reconnaissance » visuelle et l’existence attestée d’un référent correspondant,
  • la nécessaire reconstitution des conditions initiales de l’expérience,
  • la familiarisation (plus ou moins efficace !) de l’interprète avec la chaîne de transformations qui produit le visuel,
  • l’étroite parenté et juxtaposition entre le processus de production-création et le processus d’interprétation, qui prennent la forme d’une « séquence d’exploration ».

Ces conditions et propriétés seront montrées et commentées à partir de toute la gamme des techniques de la microscopie, du scanner, de l’IRM, de la scintigraphie et de l’écographie.

Cette présentation transversale sera suivie, pour finir, par l’analyse d’un texte scientifique (domaine des sciences de la matière), où les conditions d’interprétation des visuels apparaîtront comme le vecteur principal de la stratégie argumentative globale des auteurs et de l’éditeur.


05 Juin 2014 : Claude Debru

Claude Debru, professeur à l'École normale supérieure (ENS) de Paris

A partir d'une description, en psychologie, des formes de l'imagination scientifique, on analysera quelques exemples, classiques ou plus contemporains, de ces formes diverses de créativité dans les oeuvres de Claude Bernard (recherches expérimentales et hypothèses sur le mode d'action du curare), d'Einstein (démembrement du concept de simultanéité par la construction de modèles dans la relativité restreinte de 1905), de Michel Jouvet (théorie du sommeil paradoxal comme mécanisme de reprogrammation génétique du cerveau).

Le rôle de l'analogie dans la progression de la recherche sera particulièrement souligné à l'aide de Paul Valéry (Introduction à la méthode de Léonard de Vinci), qui la définit comme" la faculté de varier les images, de les combiner, de faire coexister la partie de l'une avec la partie de l'autre et d'apercevoir, volontairement ou non, la liaison de leurs structures".. On posera pour conclure la question de savoir si ces procédures s'apparentent à un bricolage que François Jacob a défini comme "bricolage évolutif".