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Les axes de recherche 2009 - 2012

Pour la période 2009-2012, l'IRIST a structuré ses recherches en trois axes :

I. Nouveaux espaces d'expertise, vie de laboratoires et élaboration de consensus

II. Sciences et technologies dans l'espace politique et économique international (1750-2000)

III. Le sujet de la médecine, entre autonomie et asservissement

Ces trois axes inscrits dans des thématiques apparemment très diverses présentent en réalité trois points communs qui leur confèrent leur unité: 

  •  qu'il s'agisse de retracer la genèse, d'analyser le fonctionnement ou de dégager les enjeux, les trois axes concernent les sociétés fondées sur la connaissance qui sont aujourd'hui les nôtres
  •  le choix de ces axes témoignent d'un souci permanent de confrontation des énoncés produits avec leurs référents observables
  •  ces trois axes envisagent les sciences et les technologies dans leurs contextes sociaux, qu'il s'agisse pour celles-là de prétendre s'autonomiser de ceux-ci ou, à l'inverse, de se fondre en ce qui apparaît plus comme des économies - plutôt que des sociétés - fondées sur la connaissance.

Synthèse des résultats des trois axes : genèse, fonctionnement et enjeux des sociétés fondées sur la connaissance

Sous une diversité d'approches et thèmes, l'objectif de l'ensemble des recherches a été de tenter de comprendre l'aventure scientifique et technologique du monde occidental, qu'il s'agisse d'en retracer la genèse, d'en explorer certains focntionnements, de tenter d'identifier le senjeux liés à son point d'arrivée provisoire, aujourd'hui identifiés à nos sociétés (ou économies) fondées sur la connaissance.

Pour approcher cet objectif, l'analyse épistémologique et historique des textes a toujours été confronté ses résultats aux éléments observables (agents, institutions et objets de l’univers scientifique et technique) grâce à l'anthropologie de laborratoire ou à la recherche -action portant sur les controverses et consensus, ou encore à ce mixte d'événements qui surgissent à l'intersection de l'histoire et de la sociologie - objets' d'une histoire sociale ou d'une sociologie historique des seciences et des technologies-. 

La genèse des sociétés fondées sur la connaissance

  • La question de la genèse de nos sociétés fondées sur la connaissance informe toutes les recherches regroupées dans le deuxième axe. Menée dans une perspective comparatiste, l'approche résolument historienne des politiques de santé - à travers celles des objets et des agents thérapeutiques ou de la médiation des savoirs médicaux du XVIIIe au XXe siècle, ou encore du rôle du marketing des médicaments dans la constructions des marchés médicaux - a produit finalement une généalogie des mutations, de la standardisation et de la marchandisation progressive des systèmes de santé entre le XVIIIe et le XXe siècle à l'échelle internationale.  
  • Et lorsque la focale a été réduite pour concentrer l'analyse sur la période qui nous sépare de la fin de la Seconde Guerre Mondiale, c'est encore le même souci de retracer une généalogie qui animait l'historien des sciences attaché à scruter l'extension croissante des systèmes internationaux de régulation scientifique dans le second XXe siècle. Cette généalogie est celle de la régulation des risques à l'échelle, dans le domaine du nucléaire mais également dans celui de l'extension de certains risques à l'échelle planétaire pendant la guerre froide, ainsi que celle de la progressive constitution d'un réseau de disciplines et de scientifiques voués à analyser cette forme singulière de globalisation.
  • Toutes ces recherches ont conduites avec un souci scrupuleux de replacer les documents dépouillés dans leurs contextes, en identifiant à la fois les auteurs et les institutions qui les avaient produits, et en restituant le plus précisément possible le jeu mobile de leurs multiples interactions.

Le fonctionnement des sociétés fondées sur la connaissance

  • L'analyse du fonctionnement  des sociétés fondées sur la connaissance a sous-tendu l’ensemble du premier axe de recherche, qui a voulu comprendre et comparer certains aspects de la vie de laboratoire et les aspects correspondants de la vie publique: ici, la construction d'un consensus autour de ce qui apparaît comme une "vérité" scientifique, moyennant la convergence d'un faisceau d'éléments produits dans le cadre d'une interinstrumentalité ; là, la formation d'un consensus public autour d'un objet sociotechnique par un jeu d'énoncés rationnellement argumentés.
  • Ni la vérité scientifique ni la crédibilité publique ainsi obtenues ne reposant sur un fondement certain, leurs reconnaissances respectives résultent identiquement d'un mixte de vérité- - correspondance et de vérité - consensus respectant une vérité - cohérence qui est la condition nécessaire, mais non suffisante, de leur acceptabilité. si les dosages respectifs de ces divers ingrédients diffèrent selon qu'ils opèrent dans la sphère proprement scientifique ou dans les arènes publiques, et si la preuve instrumentale qui mène au consensus scientifique dépasse l'accord intersubjectif dont peut se satisfaire le consensus public, il s'avère néanmoins que les processus d'apprentissage et les modes d'argumentation sont étonnamment semblables chez le scientifique et chez le "profane".
  • Loin de situer les connaissances sur une échelle hiérarchique unique au sein des sociétés fondées sur elles, leur distribution s'y décline donc en autant d'échelles qu'il existe d'activités, et plutôt que de séparer strictement les connaissances scientifiques des autres, cette distribution installe entre elles une frontière à la fois poreuse et mobiles.
  • Ces conclusions ont été obtenues par un aller - retour permanent entre investigation théorique et observation empirique, avec pour souci de construire une épistémologie naturalisée (au sens de W. Quine) qui soit également une épistémologie "pratique": pour les obtenir, nous avons combiné les ressources offertes par l’analyse scientifique des réseaux sociaux, par certains développements récents des sciences cognitives, par la sociologie des sciences et l'épistémologie traditionnelle, aux observations issues de travaux de terrain relevant de l'anthropologie de laboratoire ou en consistant en la recherche - action menée dans le cadre de la cellule d’expertise sociotechnique de l'Université de Strasbourg. 

Les enjeux des sociétés fondées sur la connaissance

  •  Dans le troisième axe de recherche collective ce sont certains enjeux des sociétés fondées sur la connaissance qui ont été analysés. Le fait de les avoir situé dans le domaine de la santé résulte de l'évidence selon laquelle ce domaine constitue, à côté de celui de l’environnement, l'une des principales interfaces entre sciences, technologies et société. au cœur des mutations contemporaines du champ de la santé, envisagées ici sous l'angle éthique, est apparu "un sujet de la médecine" tendu entre autonomie et asservissement. Caractéristique des sociétés fondées sur la connaissance, la montée en puissance de l'expertise profane est venue bouleverser les rapports entre le médecin et le malade : autrefois exercé unilatéralement par le médecin au nom de sa position de sujet supposé savoir face à un profane supposé ignorer, le pouvoir médical est aujourd'hui partagé et ce partage semble conférer au malade un début, ou un surcroît d'autonomie.
  • Mais simultanément, une codification juridique davantage contraignante des rapports entre acteurs  et l'introduction de nouveaux modes de gestion du système de santé ont débouché sur une vision normalisatrice de ce même sujet, ainsi promis à une forme d’asservissement.
  • La parole de l'un et l'écoute de l'autre lors du colloque singulier qui réunissait le médecin et son patient se sont peu à peu effacées devant les statistiques de l'evidence - based- medecine, et sur la base du diagnostic obtenu par cette voue, l'utilisation des biotechnologies dans des pratiques soignantes devenues davantage procédurières, et soumises à des protocoles plus contraignants, a progressivement dépouillé l'acte médical de la singularité propre à un art au profit du caractère stéréotypé qui est celui d'une production industrielle.
  • Alliée à une réflexion théorique empruntant à de nombreuses disciplines, la mobilisation de la notion antique de technê dans plusieurs études de cas a finalement débouché sur une éthique inscrite dans une pratique médicale quotidienne repensée comme un mélange d'art et de science, de parole singulière et de gestes sur mesure dans le cadre uniformisant d'une gestion comptable des systèmes de santé. Les travaux ont confronté sans cesse apports techniques et observation de la réalité concrète, et la qualité de praticiens hospitaliers des chercheurs engagés dans cet axe est garante de la pertinence et de la rigueur des résultats issu de cette confrontation.